Renaissance des pépinières de café arabica à l’Est du Congo

Renaissance des pépinières de café arabica à l’Est du Congo

11/02/2017
Merveille Saliboko
Merveille Saliboko
Journalist in Congo

Dans la province du Nord-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo, les pépinières de café renaissent de leurs cendres. La demande en plantules de café est en hausse, portée par la bonne santé internationale du café arabica congolais. Etre pépiniériste devient un métier. Reportage auprès des pépiniéristes du mont Ruwenzori, en territoire de Beni.

En ce jeudi de décembre 2016, Kahindo Mutaghanzwa s’affaire dans son parc à bois à Lume, territoire de Beni, sur les hauteurs du mont Ruwenzori, en province du Nord-Kivu, dans l’Est de la république démocratique du Congo. Prenant un sécateur dans sa main droite, sous un soleil de plomb, il prend soin de couper quelques bourgeons d’un caféier. «C’est depuis 5 ans que je fais du bouturage de café arabica. Mon parc à bois compte une centaine de tiges de café », déclare Kahindo Mutaghanzwa. L’homme est aujourd’hui président d’une association de pépiniéristes, une association d’une quinzaine de gens encore à ses débuts. Dans ce groupe, il est le seul à faire du bouturage pour produire des plantules de café. Passionné par son métier depuis les années 1990, il commence le germoir avec les moyens du bord dans sa propre parcelle.

Il affirme avoir déjà produit et distribué, lui seul, plus de cent mille plantules de café. « Au début, nous demandions les semences de café mais personne ne nous répondait. En 1995, alors que nous avions déjà commencé la production de plantules à petite échelle avec la graine, dans une réunion du Syndicat de Défense des Intérêts Paysans, SYDIP, quelqu’un nous dit qu’il faut un budget de 700$ pour la bouture. Une somme que moi et mon groupe ne pouvions pas attraper. Nous avions alors décidé de tenter une aventure, celle de coudre les sachets pour nos boutures. Notre rendement était de 50% », explique-t-il. A l’époque, son groupe compte une centaine de gens.

Bouturage sous serre

Aujourd’hui, Kahindo Mutaghanzwa voit l’avenir en rose. Il y a quelques temps, la coopérative Kawa Kanzururu s’est intéressée à lui. Grâce à l’appui de l’ONG belge VECO RDCongo, des agronomes et chercheurs de l’Université Catholique du Graben, UCG, en ville de Butembo, sont venus lui donner des conseils. « Notre technique ne donnait pas plus de 60% comme rendement. Mais, les gens de l’UCG m’ont appris qu’il faut construire un tunnel, mettre de la sciure sur cette plate-bande et couvrir afin de donner l’effet de serre. Cette préparation terminée, j’y place les boutures pendant deux semaines. De cette façon, cette chaleur accélère le processus. Des bourgeons apparaissent après cette période. Pendant une semaine, j’arrose. Après un mois, j’obtiens les racines. Au deuxième mois, je les place dans les sachets. Après une semaine, je mets les plantules à l’air libre. Du coup, cette technique abrège le travail. Au troisième mois, les plantules sont déjà prêtes. Ce qui nous fait gagner un mois de travail par rapport à notre technique traditionnelle. Surtout, le rendement est très élevé », s’enthousiasme Kahindo Mutaghanzwa, penché à un bourgeon de café dans sa pépinière de 50 mètres sur 40.

Semences de graine

Muhindo Suhene est le secrétaire de l’association des pépiniéristes du secteur de Ruwenzori. Il est caféiculteur depuis 1980. Son père est caféiculteur et lui donne un champ de 1300 plants de café robusta à Masaka/Lume alors qu’il vient juste de se marier. Il a alors 22 ans. Ces caféiers sèchent en 1988. Il s’installe alors à Tako où il s’adonne au café arabica.

« C’est depuis 2013 que je suis dans le secteur des pépinières. Quand l’idée est venue, nous avons réuni 14 personnes dans différents sites du groupement Basongora, secteur Ruwenzori afin de leur apprendre les techniques de préparation des germoirs : Ihunga, Kabarole, Tako, Kyatenga, Muramba, Kambo,… Résultat : les gens ont le café et le besoin en plantules est toujours là, dixit Muhindo Suhene. Après la recherche du marché du café arabica par la coopérative Kawa Kanzururu, il a été question de demander aux gens d’adhérer à l’association des planteurs de café moyennant 5$. Ce qui donne droit au membre adhérent à 400 plantules, pour un demi-hectare. Si quelqu’un veut dépasser ce nombre, le demandeur achète les plantules. » En 2014 et 2015, près de 54 mille plantules ont été produites et distribuées.

Une plantule produite par les techniques locales se vend 200 shillings ougandais, soit 60 francs congolais. La plantule avec sachet se négocie à 500 shillings. « Les semences, nous les obtenons à partir de cerises cueillies sur certains plants. Nous préparons des plates-bandes et y mettons les graines. De part et d’autre, nous plaçons les troncs des bananiers. Après quoi, nous faisons l’arrosage. Quand la semence est à maturité et prête pour le repiquage, nous venons avec la bêche enlever les plantules pour les amener directement aux champs », explique Muhindo Suhene qui dispose de 800 tiges de café arabica clone à Ihunga. Les variétés ici s’appellent « clone » et « rumangabo ». L’idée de faire du bouturage le tente beaucoup.

La triste période de Ruwenzori business

Muhindo Suhene affirme s’être énormément ressourcé auprès de Muhindo Perusi, septuagénaire qu’il présente comme « expert ». Muhindo Perusi traine derrière lui une longue expérience dans le secteur de la semence : plusieurs variétés d’arbres de la zone de Ihunga sont venues de son germoir. Il est la référence des germoirs de café arabica dans la contrée.

« J’ai fait plusieurs fois la distribution gratuite des plantules aux caféiculteurs. Le passage à vide a été l’arrivée de Ruwenzori business, une entreprise créée par un enfant du terroir. Il était venu de Goma, nous disant qu’il allait s’occuper de la distribution des plantules de café. De tous les germoirs de la contrée. Les pépiniéristes devaient recevoir de l’argent dans le cadre de la campagne agricole, organisée par l’Etat congolais. Mais l’argent tant promis n’est jamais arrivé à nous, notre ‘’ fils’’ ayant détourné l’argent. Nous avons fait table rase de ce cas, nous disant qu’il avait tout de même contribué au développement du milieu en distribuant les plantules aux caféiculteurs. Depuis cet épisode, nous ne faisons plus la distribution gratuite. De toutes les façons, les gens n’accordent pas beaucoup d’attention aux plantules reçues gratuitement », raconte Muhindo Perusi, lui-même planteur de café, et qui insiste auprès des caféiculteurs de mettre un espace de trois mètres entre les plants.

« Ruwenzori business m’avait pris 25 400 plantules, un autre pépiniériste de mon village avait livré 70 milles plantules », égraine, déçu, Thembo Muhasa, président de la coopérative Kawa Kanzururu et pépiniériste de Masambo.

« En lisant les textes de cette entreprise et vu le fait que son initiateur était un enfant du milieu, on ne pouvait pas s’imaginer qu’il pouvait nous faire un coup pareil. Il était venu de Goma, s’était mis à la culture de café, avait commandé les plantules puis il avait disparu », regrette Muhindo Suhene, pris au piège de Ruwenzori Business. « Tant que j’aurai la force pour faire des germoirs, je m’occuperai des pépinières de café », planche Muhindo Perusi.

Pépinière, un business

Léopold Mumbere, coordinateur régional du programme café au sein de VECO RDCongo, planche sur la durabilité : « L’approche avec les pépinières vise le renforcement de la filière. Beaucoup de plantations ont vieilli, comme leurs propriétaires pour l’ensemble. Il faut régénérer les champs de caféier en diffusant de nouvelles plantules. Nous visons plus la durabilité car le marché de café est en pleine croissance. Et le café de spécialité produit par les coopératives congolaises est très apprécié sur le marché international. Pour anticiper cette croissance de la demande du marché, il nous faut renforcer l’offre. Et pour accéder à la semence, nous valorisons l’expertise locale à savoir l’Université Catholique du Graben dont les chercheurs apprennent aux paysans comment sélectionner les plants de café sur lesquels prélever les semences». Dans ce sens, le programme incite les pépiniéristes à trouver un marché pour ensuite produire.

« Lors de la précédente grande saison, les gens cherchaient les semences de café mais nous n’avions pas de plantules. J’ai une commande enregistrée d’environ 50 milles plantules pour la saison prochaine, rien que pour ma pépinière », dit Muhindo Wikongo, agri-entrepreneur posant fièrement dans son champ à Ndaraya dont l’objectif est de produire annuellement 20 tonnes de café sur son champ de 10 hectares à l’horizon 2020. Pépiniériste depuis 2013, il est résolument tourné vers l’agro-business.