L’autonomisation de la coopérative Kawa Kabuya à l’ordre du jour

L’autonomisation de la coopérative Kawa Kabuya à l’ordre du jour

07/08/2017
Merveille Saliboko
Merveille Saliboko
Journalist in Congo

« Quelles sont les conditions qualitatives et quantitatives que doit remplir la coopérative Kawa Kabuya pour assurer durablement son autonomisation ? », voilà la question principale à laquelle veut répondre Cécile Sikuhimbire Ndekeninge, comptable régionale de VECO RDCongo. Elle a présenté les résultats de ses recherches dimanche 23 juillet 2017 dans le cadre de son travail de fin de cycle à l’institut supérieur de commerce, ISC-Butembo.

Butembo, province du Nord-Kivu, Est de la République démocratique du Congo. Ce lundi 17 juillet 2017, en sortant du bureau du directeur régional de VECO RDCongo, je retiens de notre discussion concernant l’autonomisation de la coopérative Kawa Kabuya quatre axes. « Chez VECO, les agents travaillent pour faire avancer les choses, contribuer au développement du monde rural. C’est une organisation de gens ouverts. Ensemble nous formons une organisation apprenante pour améliorer la qualité du travail. Et quand une collègue se remet aux études et que sa recherche porte sur l’autonomisation de l’une des coopératives que nous appuyons, son sujet porte un intérêt particulier pour nous », dixit Ivan Godfroid, le directeur régional de VECO RDCongo. Nous sommes en début de semaine et la défense publique de Cécile, la comptable régionale, est prévue pour le dimanche suivant.

Autonomisation effective dès 2019

En attendant le jour J, je me plonge d’avance dans le volumineux travail, question de bien saisir la quintessence du sujet. «L’objectif global de ce travail consiste à évaluer la performance de la coopérative Kawa Kabuya, ainsi qu’à déterminer les conditions qualitatives et quantitatives qui doivent impérativement être remplies pour assurer l’autonomisation de cette coopérative», lit-on dès les premières lignes introductives.

Les objectifs spécifiques sont multiples et me laissent écarquiller les yeux : « Apprécier l’efficacité, l’efficience et l’économie ou l’acquisition rationnelle des ressources par la coopérative Kawa Kabuya, identifier les micro-stations de lavage poumons de la coopérative en termes de rendements comparativement à leurs coûts de production, évaluer l’efficacité de la gestion de l’organisation, le degré de satisfaction des membres ainsi que de leurs représentants par rapport au déroulement des activités (niveau d’appropriation des modalités d’organisation et des règles de fonctionnement) et leur positionnement sur la question d’autonomisation, calculer le score et les différents critères de la performance financière et jauger la valeur ajoutée économique créée et/ou détruite par Kawa Kabuya, identifier les activités que les acteurs d’appui assument encore et leurs rôles dévolus à l’assistance technique et apprécier les solutions devant permettre à la coopérative de les assumer progressivement de façon durable et en phase avec le désengagement progressif de VECO ». Trop techniques pour vous aussi, ces objectifs ? Bon, venez avec moi à la défense pour mieux cerner le sujet. Je pressens votre question : « Quelle est l’année de l’autonomisation effective de la coopérative Kawa Kabuya ? »

Défense dominicale

Dimanche 23 juillet 2017. Village royal de Butembo. La mise en place se fait avec soin en ce matin. J’arrive un peu avant 10 heures, croyant être en retard car l’activité est sensée avoir commencé à 9 heures pile. Loin de là, et c’est presque ça le Congo : on a souvent des « légers retards » ! Les hauts parleurs grésillent, on tourne la musique en boucle pour tuer le temps alors que le suspense s’installe. « Un regard, un échange, une nouvelle famille », prêche une des chansons.

Il est midi pile. Les détails administratifs réglés, la soutenance peut enfin débuter avec les différents jurys. 13 heures 9 minutes. «Cécile Ndekeninge peut se préparer pour parler de l’analyse du processus d’autonomisation de la coopération Kawa Kabuya », annonce un membre du jury. Famille biologique avec les enfants et son mari, famille professionnelle avec une sixaine d’agents de VECO RDCongo qu’accompagnent le directeur-gérant et le président de Kawa Kabuya ainsi que le directeur de la coopérative centrale du Kivu, COOCENKI, sont là pour apporter tout leur soutien. La chercheuse a pris soin de préparer sa matière de façon visuelle aussi : cerises rouges, café parche, café marchand, café torréfié moulu (du grain d’or !), … Bref, tout le processus de la cerise à la tasse de café ! Lydie Kasonia, qui s’occupe de l’accompagnement de proximité de la coopérative Kawa Kabuya, se charge de distribuer des tasses de café bien chaud, avec ou sans lait.

Voici venu le temps d’approfondir le sujet, à la lumière des questions des membres du jury. Premier lecteur du travail, le chef des travaux Tsangamusa Kamala. « Technicien, venez revoir la sono ! », s’énerve-t-il. Il faut vraiment dire que la sonorisation était chaotique. Il prend du café sans sucre. « Comment a-t-on fait les états financiers de la coopérative sans pièces justificatives ? », demande-t-il à Cécile. Réponse : « Je me suis basée sur les rapports des auditeurs externes ». Le deuxième lecteur, c’est l’assistant Maliyabwana. Celui-ci s’attarde un peu sur les généralités, du genre : « C’est quoi une coopérative ? Le café parche, marchand, cerise ? » Et quand Maliyabwana annonce sa série de questions sur l’autonomisation, je vois Ivan Godfroid se dire : « Enfin ! » « Vous dites qu’en 3 ans, l’autonomisation de Kawa Kabuya est possible. Vous vous basez sur quel critère ? », lance Maliyabwana. Réponse lapidaire de Cécile : « Performances financières, monsieur ». « Quelle grandeur calculée ? » A Cécile de dire : « Niveau de rentabilité et valeur ajoutée ». « L’objectif de VECO sera-t-il atteint ? », continue l’enseignant. « Cet objectif sera certainement atteint si la coopérative Kawa Kabuya y travaille », répond la comptable régionale de VECO RDCongo. « VECO va-t-il continuer son appui aussi, pour autonomiser la coopérative ? », s’enquiert Maliyabwana. « Oui, il le faut. Sinon, ce travail serait nul », conclut Cécile. 13 heures 30 minutes : fin du débat.

La clé de réussite : plus de 5 lots par an

L’avenir de Kawa Kabuya est désormais clair : au plus tard en 2019, elle doit être capable de produire et exporter plus de 5 conteneurs par an pour ainsi couvrir tous ses frais avec le revenu généré par la vente de café gourmet, et en plus de cela, accéder encore à un bénéfice pour donner une ristourne aux membres, rémunérer les parts sociales, réserver une prime d’encouragement aux élus bénévoles et se doter d’un fonds d’investissements. Les subventions au démarrage de l’entreprise coopérative ne seront plus nécessaires. La CKK saura voler de ses propres ailes. Le rôle de VECO se limitera à celui de conseiller.

Avec la grande saison septembre-décembre qui s’annonce spectaculaire, l’espoir est même permis de croire que peut-être le seuil de rentabilité sera déjà dépassé en 2018 ! Kawa Kabuya serait l’aînée parmi les coopératives qui montrerait la voie à suivre à ses sœurs cadettes. C’est notre vœu le plus ardent.