La redevabilité, fer de lance de l’action de VECO RDCongo

La redevabilité, fer de lance de l’action de VECO RDCongo

07/04/2017
Merveille Saliboko
Merveille Saliboko
Journalist in Congo

Objectif pour 2021: autonomie financière et compétitivité des coopératives de café arabica et de riz sur le marché international et national. Le programme 2017-2021 de VECO RDCongo vise, à terme, à améliorer durablement le quotidien des producteurs familiaux congolais de l’Est dans les deux filières.

Grand bond en avant : année 2021, dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les producteurs agricoles de café arabica et de riz sont organisés en coopératives prospères. Ces agriculteurs familiaux mènent une vie décente. Bref, l’agriculture (re)devient un business florissant…« De tous les programmes dans lesquels j’ai travaillé, je vous affirme que celui que nous sommes en train de mettre en œuvre n’est pas comme les autres dans lesquels j’ai travaillé. Ce programme est le plus ambitieux et a le plus grand potentiel d’impact », déclare Ivan Godfroid, directeur régional de VECO RDCongo.

Retour en 2017. Je pressens que vous allez dire : « Un tel bond est-il possible? » Ce sera le résultat des actions combinées qui seront menées dans le cadre du programme mis en place par VECO en RDC. De concert avec les différents partenaires. Et l’Etat reste un partenaire incontournable. « Dans ce sens, il est question de contribuer au changement structurel et mise à échelle des pratiques et politiques efficaces pour un climat d’affaires, un secteur agricole et un environnement institutionnel durables et inclusifs », dixit Tom Van Den Steen, membre de l’équipe chargée de la planification, l’apprentissage et la redevabilité au bureau international de VECO. Mi-mars 2017, l’équipe de VECO RDCongo a bénéficié d’un atelier de formation sur les théories et voies de changement, atelier facilité par Tom à Butembo.

Produire et consommer local

Voir le marché du riz de table urbain être conquis par les producteurs organisés à l’Est de la République démocratique du Congo et la politique nationale de développement rizicole mise en œuvre, voilà le changement structurel à atteindre dans la filière du riz. Du côté du café arabica, le travail tournera autour de trois axes : alignement du secteur café qui soutient la vision commune des acteurs pour un café de spécialité, positionnement des coopératives de café de spécialité comme entreprises crédibles et viables sur le marché local et international, recherche-action participative en vue de trouver des solutions aux défis environnementaux, les variétés résistantes et à haute valeur commerciale et les bonnes pratiques culturales.

« Le pays importe chaque année des denrées alimentaires pour une valeur de plus de 1,5 milliard de dollars, qui auraient pourtant pu être produites facilement localement », écrit Augustin Matata Ponyo Mapon dans son livre « Pour un Congo émergent », à la page 61. L’ancien premier ministre congolais, à la même page, ajoute: « Cette ineptie ne peut perdurer ». Et Joseph Kabila, président de la république, de donner un échos dans son discours devant le Congrès, mercredi 5 avril 2017 à Kinshasa : « Il nous faut, en effet, produire ce que nous consommons et, comme j’ai eu déjà à le dire, conférer de la valeur ajoutée à nos produits destinés, non seulement à la consommation domestique, mais aussi à l’exportation, en vue de les rendre plus compétitifs. »

Cette dépendance de l’extérieur fragilise l’économie nationale ainsi que la souveraineté alimentaire et insécurise la population urbaine. Le gouvernement réagit en augmentant encore les importations, par crainte de troubles sociaux dans les grandes villes, et en mettant en place une politique agricole entièrement basée sur l’agro-industrie aux capitaux étrangers. Celle-ci pousse le producteur dans le rôle d’ouvrier agricole et néglige le fait que 70% de la population vit grâce à l’agriculture familiale.

Le président de la république parle de « fragilité des fondamentaux de notre tissu économique ». « Il va sans dire que tant que nous ne changerons pas ce paradigme, notre économie restera fragile et fera continuellement les frais des soubresauts de la conjoncture économique internationale», a affirmé Joseph Kabila.

Améliorer l’environnement institutionnel

Curieusement, le pays s’est doté de lois modernes. La loi N° 11/022 du 24 décembre 2011 portant principes fondamentaux relatifs à l’agriculture contient de nombreuses mesures fort importantes pour le renforcement du secteur agricole. Mais 5 ans plus tard, la plupart de celles-ci restent lettre morte, faute de mesures d’application claires (à l’exception d’une seule, celle pour la mise en œuvre de l’article 73). Un arrêté ministériel du ministre des finances d’octobre 2015 limite effectivement les redevances et frais en rémunération des services rendus par les organismes publics sous sa responsabilité intervenant aux postes frontaliers à 0,25% de la valeur des produits exportés. Le grand intérêt de cet arrêté est qu’il a prouvé que même en RDC, le plaidoyer permet d’aboutir à des changements structuraux importants, et qu’il est important de le renforcer tout en le ciblant. Le chef de l’Etat congolais en est conscient : « Dans le même ordre d’idées, tant que notre système fiscal sera écrasant, discriminatoire et truffé d’une parafiscalité lourde, le climat des affaires ne sera pas propice à l’investissement productif ni au civisme fiscal ».

Il y a urgence pour l’action. « C’est ici le lieu pour moi d’insister sur l’impérieuse nécessité pour le Gouvernement de la République, l’Assemblée Nationale et le Sénat de prendre des dispositions utiles en vue de l’adoption, dans les plus brefs délais, et pendant la session en cours, d’une nouvelle Loi sur la fiscalité, de celle sur le Partenariat Public Privé (…)», a poursuivi le président de la république.

« L’amélioration de la situation sociale de nos populations en dépend », a insisté Kabila. « Nous essayons de trouver des solutions concrètes sur terrain avec les paysans, chercheurs, entreprises privées,… Mais, au même moment, nous cherchons à traduire ces expériences du terrain en réglementation pouvant transformer tout le secteur », dit-on du côté de VECO RDCongo.

Dans ce contexte difficile, VECO RDCongo est convaincu qu’il est possible de contribuer à des changements durables en mettant en œuvre une approche d’appui aux chaînes de valeur. « Pour augmenter notre impact, nous avons décidé en 2012 de nous concentrer entièrement et exclusivement sur deux chaînes de valeur agricoles porteuses : le riz et le café arabica. Cette approche s’est avérée efficace. Les avancées réalisées dans le premier programme de mise en œuvre de cette stratégie, notamment avec l’appui de la DGD dans le programme 2014-2016, sont concluantes. Dans le nouveau programme 2017-2021 nous voulons continuer sur cette percée pour en valoriser les acquis, consolider les deux filières, les amener vers une pérennisation qui permettra à VECO de se retirer progressivement tout en veillant sur l’autonomisation durable des chaînes de valeur », assure Ivan Godfroid.

Chaînes de valeur durables et inclusives

Catalyser l’ « effet producteur familial » pour un système alimentaire plus durable et inclusif, voilà l’objectif à long terme de VECO. Atteindre cet objectif passe par la « production et consommation alimentaires durables, revenus équitables pour tous et l’accès aux aliments de qualité par tous ».

« Aujourd’hui, nous avons pris la mesure du défi. Il nous faut agir sans plus attendre », a ajouté Joseph Kabila dans son discours, avant d’annoncer : « En plus des investissements publics légitimes, l’option est donc définitivement levée de promouvoir le soutien au secteur privé productif à travers, particulièrement, l’appui direct aux petites et moyennes industries et aux petites et moyennes entreprises, spécialement celles engagées dans l’agro-industrie et inscrivant leurs activités dans le cadre des chaînes de valeur. » Parole à VECO : « Nous militons pour les chaînes de valeur inclusives, dans lesquelles les paysans organisés et leurs contributions sont considérées équitablement par tous les partenaires.»

Vision 2021

A l’horizon 2021, les riziculteurs et caféiculteurs soutenus par VECO RDCongo seront capables de planifier la production selon les besoins des marchés. Les ventes collectives croîtront et le nombre de contrats de vente à long terme augmentera durablement. Les méthodes de production auront été améliorées : plus écologiques et plus résilientes aux changements climatiques. Ce qui accroîtra considérablement la productivité et améliorera la qualité. Les politiques d’approvisionnement des acheteurs seront plus inclusives. L’environnement institutionnel sera plus favorable, ce qui induira la participation accrue des femmes et des jeunes.

Alors, oui, les paysans seront gagnants. Mais pas que ! Tout le monde sera gagnant ! « Nous sommes déterminés et passionnés d’explorer, sans peur, le terrain pour la recherche de solutions concrètes. Nous sommes à l’affût de toute innovation et n’avons pas peur d’échouer et de tirer les leçons de ces échecs », dixit Ivan Godfroid, mettant en avant la redevabilité de VECO RDCongo vis-à-vis des bailleurs de fonds et de tous les partenaires. Le système de planification, apprentissage et redevabilité (planning, learning, accountability, PLA en abrégé) compte des outils permettant de visualiser les objectifs chiffrés sur terrain afin de vérifier si la mise en œuvre du programme est suivie d’une amélioration des indicateurs pertinents choisis et s’il contribue réellement aux objectifs fixés au départ.